En ville, ma voiture m’aliénait, alors je m’en suis séparé et me sens libre

Publié le par Michel Durand

En ville, ma voiture m’aliénait, alors je m’en suis séparé et me sens libre

 

Changeons de mode de vie pour que le climat ne change pas.

En 2002 je suis venu vivre sur les pentes de la colline de la Croix-Rousse à Lyon, un quartier très dense où les immeubles sont parfois hauts de six étages. Les rues sont étroites. Les escaliers raides.

Que vais-je faire de ma voiture dans cet espace pentu ? Très souvent je ne trouve le long d’un trottoir une place pour la garer qu’à plus de dix minutes à pieds de chez moi. Et souvent, il faut monter sur le plateau de la Croix-Rousse pour trouver un espace de stationnement gratuit. Je ne vous dis pas l’angoisse et la perte de temps quand je ne me rappelais plus où j’avais garé le véhicule. J’ai évidemment cherché dans les parkings payant. Une attente de plus de six mois était requise et la location mensuelle dépassait largement les 100 €.

Finalement, je n’ai pas trouvé d’autres solutions que de me séparer de ma voiture. Il est vrai que de nombreux jeunes amis m’avaient montré le chemin écologique de la non propriété privée d’un moyen de transport. Actif et sincère dans la décroissance, ils estimaient inopportun de posséder une voiture afin de vivre en vérité leur engagement. Cet abandon fut un soulagement et un confort de vie que j’ai vite apprécié, surtout quand j’eus en mémoire les trajets et horaires des transports en commun.

Certes, il eut –et il y aura toujours- des petits problèmes. Je pense à la rareté des bus les samedis et dimanches ; ou, le soir, quand on sort vers la périphérie de l’agglomération. Il m’est arrivé de devoir marcher plus de trente minutes pour rejoindre une station de métro tout simplement parce qu’après vingt heures il n’y a de transports collectifs que toutes les heures.

C’est alors que j’ai découvert une association, Autolib, à deux pas de chez moi, où je pouvais louer une petite voiture selon mes besoins. Avec moins de trois sorties dans la semaine, j’économisais beaucoup d’argent. Il me semble que ce système, d’abord associatif, s’est rapidement développé et n’a pu connaître que l’absorption par les grandes instances commerciales urbaines*[1] .

Je n’ai donc pas abandonné une voiture personnelle par choix idéologique, mais plutôt par désir de confort ou par paresse : ne pas être obligé de parcourir les rues environnantes en me demandant : mais où ai-je pu la garer ?  Ce n’est que par la suite, en dialoguant avec des objecteurs de croissance, une frange dure de l’écologie politique, que j’ai compris qu’il y avait dans cet abandon de la propriété privée d’un outil usuel à la vie contemporaine, un engagement favorisant la mise en place d’un nouvel art de vivre. Beaucoup de mes jeunes amis, je le redis, ont opté, tout en ayant un permis de conduire qui permet une location éventuelle, pour ce choix. Ne pas avoir de voitures personnelles rend la vie plus facile malgré les inévitables inconvénients de devoir s’organiser en fonctions des transports en commun. Mais, je note que, maintenant, je sens que mon esprit est plus libre dans les bus, tram et métro que dans une voiture.

Je ne lis jamais au cours de mes trajets, même s’il approche d’une heure. Je laisse aller mon cœur à la réflexion, à la méditation et à la prière. Il est vrai que je lis beaucoup dans mon appartement. Alors, en voyage urbain,  je laisse remonter en mon esprit tout ce que j’ai découvert dans les lectures. C’est aussi le temps de repenser aux moments passés avec des personnes, moment de repenser à ce qui s’est dit, aux engagements qui se sont exprimés. Méditation, contemplation et prière.

Enfin, je dois témoigner, et ce sera mon dernier point, que maintenant que l’on parle beaucoup de réchauffement climatique, en m’abstenant d’utiliser à tout instant d’une voiture, je contribue à la sauvegarde de la Maison Terre, commune à tous. Je ne participe plus au réchauffement climatique. Je limite l’émission de gaz à effet de serre.

Il me semble que c’est bien grâce à ces individuels changements de mode de vie, que nous pouvons collectivement contribuer à l’édification d’un art de vivre propice au bonheur de tous. Le refus d’absolutiser le droit à la propriété privée de sa voiture ouvre la porte à un demain où avoir moins donnera la joie d’être davantage dans le bonheur. C’est toute l’humanité qui est invitée à emprunter la route de la sobriété pour un mieux vivre.

 


[1] Premier système d’autopartage à Lyon, l’historique Autolib’, lancé sous forme associative en 2003, a été repris en 2008 par la Sem Lyon Parc Auto (LPA) qui lui a donné de nouveaux moyens pour se développer. Mieux, LPA, contrôlé par Lyon et le Grand Lyon, annonce à son tour un plan ambitieux avec la création de 14 stations de surface, en plus des 23 stations en parking souterrain. En même temps, la flotte de véhicules passe de 70 à 100 voitures, dont plusieurs hybrides.

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