Prononcer un serment antimoderniste (Pie X-1910) en sachant que celui-ci ne tient pas la route devant les recherches des sciences modernes ?

Publié le par Michel Durand

Prononcer un serment antimoderniste (Pie X-1910) en sachant que celui-ci ne tient pas la route devant les recherches des sciences modernes ?

Source de l'image que je place ici en me demandant
comment de jeunes catholiques peuvent adhérer à ce manque de 
conscience historique.

 

En lisant l’étude de Bernard Sesboüé, Pédagogie du Christ -, éléments de christologie fondamentale, cerf, 1994 - un livre que j’ai puisé dans ma bibliothèque l’ayant lu il y a fort longtemps- j’ai repensé au serment antimoderniste.

Un serment que j’ai dû prononcer en avril 1968 afin de pouvoir « entrer dans la cléricature » par le rite de la tonsure. Nous étions 7 ou 8 séminaristes debout dans la sacristie du séminaire français à Rome. Personne n’adhérait au contenu de ce serment. Pas même le spiritain chargé de l’opération. J’ai le souvenir d’un discours alambiqué où l’on expliquait que ce n’était pas important, mais que pourtant on était obligé de lire un texte auquel il s’avérait impossible d’adhérer complètement. Si des formules étaient inacceptables, d‘autres avaient leurs raisons d’être. Hypocrisie de l’Institution !

Bref. Selon mon souvenir, nous n’avions pas le choix. Prononcer ce serment était inévitable que l’on y adhère superficiellement ou pas du tout n’importait pas. Souvenir d’une lamentable mascarade, debout dans la sacristie et non dans la chapelle du séminaire afin de diminuer autant que possible l’importance de ce geste, due cette soumission à l’Institution Église.

Hier, j’ai voulu en savoir plus sur le contenu du serment antimoderniste. Je l’ai trouvé sur le site internet des intégristes.

<< Moi, N…, j’embrasse et reçois fermement toutes et chacune des vérités qui ont été définies, affirmées et déclarées par le magistère infaillible de l’Église, principalement les chapitres de doctrine qui sont directement opposés aux erreurs de ce temps.

(…) Je réprouve également la manière de juger et d’interpréter l’Écriture sainte qui, dédaignant la tradition de l’Église, l’analogie de la foi et les règles du Siège apostolique, s’attache aux inventions des rationalistes et adopte la critique textuelle comme unique et souveraine règle, avec autant de dérèglement que de témérité.

Je rejette en outre l’opinion de ceux qui tiennent que le professeur des disciplines historico-théologiques ou l’auteur écrivant sur ces questions doivent d’abord mettre de côté toute opinion préconçue, à propos, soit de l’origine surnaturelle de la tradition catholique, soit de l’aide promise par Dieu pour la conservation éternelle de chacune des vérités révélées ; ensuite, que les écrits de chacun des Pères sont à interpréter uniquement par les principes scientifiques, indépendamment de toute autorité sacrée, avec la liberté critique en usage dans l’étude de n’importe quel document profane.

Enfin, d’une manière générale, je professe n’avoir absolument rien de commun avec l’erreur des modernistes qui tiennent qu’il n’y a rien de divin dans la tradition sacrée, ou, bien pis, qui admettent le divin dans un sens panthéiste, si bien qu’il ne reste plus qu’un fait pur et simple, à mettre au même niveau que les faits de l’histoire : les hommes par leurs efforts, leur habileté, leur génie continuant, à travers les âges, l’enseignement inauguré par le Christ et ses apôtres.>> Voir ici.

 

En fait, ai-je prononcé cette formule ? Le serment antimoderniste fut aboli en juillet 1967 selon ce que je découvre grâce au moteur de recherche (merci Google) : Le serment antimoderniste prescrit en 1910 par un motu proprio de Pie X - que devait prêter tout prêtre - a vécu. Ainsi vient d'en décider Paul VI à la suite de longs pourparlers avec la congrégation pour la doctrine de la toi (ex-Saint-Office), et notamment avec le cardinal Ottaviani, qui, d'après une dépêche de l'Associated Press de la Cité du Vatican, était fortement opposé à cette mesure. Selon les milieux du Vatican, le pape aurait dû passer outre à de vives réticences de la part de la curie en général.

J’ai certainement été invité à dire une sobre déclaration générale de fidélité aux enseignements de l'Église et à la primauté du pape, sans entrer pas dans des détails trop poussés ». N’empêche que le climat était celui de l’esprit antimoderniste et que le malaise existait.

 

 

Triste souvenir, je revois encore Ottaviani dans la basilique Saint-Pierre, debout sur des barricades arranger des séminaristes qui faisaient trop de bruit je ne sais plus pour quelle raison. Aujourd’hui, François continue à s’opposer à certaines tendances de la curie. Il fut supprimé en 1967 par Paul VI, à l'occasion de l’Aggiornamento du concile Vatican II.

Ceci dit, je donne à lire une page de Sesboüé où justement on tient compte des recherches modernes en psychologie.

 

 

SCIENCE ET CONSCIENCE

« L'itinéraire humain de Jésus s'inscrit donc dans la loi universelle de l'itinéraire de tout homme, qui actualise et thématise réflexivement dans le temps et à travers son expérience ce qui l'habite au pôle originel de sa conscience. Le nouveau-né dans son berceau n'a encore qu'une très faible conscience : il ne parle pas et il n'est pas encore capable de « thématiser » ce qui l'habite. Et pourtant, on peut et on doit dire que cet enfant sait déjà qu'il est homme au pôle originaire de sa conscience. À ce niveau-là, il vit, ressent fortement tout ce qui l'affecte et se souvient. Il ne le sait pas encore sur le plan d'une conscience réfléchie, mais il possède un savoir de lui-même, qui lui appartient congénitalement en tant qu'il est un petit d'homme. La preuve en est donnée par le fait qu'il est capable d'entrer progressivement en communication avec sa mère et les siens. Il exprime ses besoins par des cris ou des pleurs, sa satisfaction par des mimiques, qui sont son premier langage. Progressivement, il répond aux sourires de sa mère et il apprend à parler. Son accès au langage ne pourrait se produire si n'existait pas en lui cette conscience fontale (de source, NDLR) originaire. À mesure qu'il grandira, il aura alors accès à la conscience réflexive. L'homme en puissance qu'il était depuis toujours se réalisera. Cet itinéraire le conduira à l'âge adulte et à ce devenir de lui-même qui ne s'arrêtera qu'avec la mort. Chacun d'entre nous est en état de devenir ce qu'il est par origine.

Tout cela, Jésus l'a vécu, tout comme nous, mais avec une originalité fondamentale. Le nouveau-né de Bethléem, le Verbe devenu enfant, c'est-à-dire celui qui ne parle pas (Verbum infans) est conscient de son identité humaine originaire comme chacun d'entre nous. Toute sa vie, il aura à se réaliser comme homme. Cependant, au pôle originaire de sa conscience, ce qui l'habite, ce n'est pas seulement le savoir qu'il est un homme, mais le savoir originaire qu'il est cet homme concret en relation unique et filiale avec Dieu, en un sens plus originaire que sa filiation humaine : il est cet homme qui au regard de Dieu est le Fils, le seul qui puisse dire en toute vérité à Dieu Abba (papa). C'est donc cette identité divine inscrite au cœur de son identité d'homme que Jésus thématise progressivement au cours de son existence. Il se réalise humainement comme Fils de Dieu, en vivant humainement la relation qui l'unit à son Père. Il vit ce qu'il est par origine sous le mode d'avoir à le devenir dans son humanité ».

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article