Le prêtre, un autre Christ, circule comme Lui pour annoncer la Bonne Nouvelle de l’Amour divin. Il n’est pas seulement le curé d’une paroisse

Publié le par Michel Durand

Le prêtre, un autre Christ, circule comme Lui pour annoncer la Bonne Nouvelle de l’Amour divin. Il n’est pas seulement le curé d’une paroisse

Je reviens sur le livre Christine Pedotti et j’en recommande la lecture. Pourtant, aujourd’hui, je souhaite souligner un désaccord par rapport à sa vision du prêtre. Comme, du reste, une large majorité de ses « Messieurs les Monseigneurs ou éminences », elle ne voit dans le prêtre que celui qui assure le rôle de gardien d’une communauté, d’une paroisse. Le curé.

Or, le prêtre, disciple du Christ, image de Christ (icône) ne doit-il pas, comme lui sortir de sa maison pour aller à la encontre de toute personne en attente de plus de vérité, de bonheur, de justice, d’amour ?

Allant de village en village, pour enseigner Jésus n’hésite pas à prendre la parole n’importe où, sur la plage, au bord de la mer de Galilée (Marc, 4, 1). Il appelle la foule, s’adresse directement au grand nombre, délaissant une conversation sans issue avec des scribes et des des pharisiens (Marc 7, 14afin de donner un enseignement tout nouveau qui ne peut que s’opposer aux habitudes de la Loi juive. Comme le Christ, le prêtre et appelé à sortir des clichés usuels, pour libérer tous les humains des servitudes de lois qui ne peuvent qu’être humaines. Certes, ce n’est pas facile à comprendre. Et les disciples ne comprennent pas ; alors Jésus, une fois rentré à la maison s’explique en particulier avec eux disciples. « Êtes-vous donc sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ? » C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments.

Le prêtre, un autre Christ, Alter Christus, de place en place, de village en village, s’adresse au grand nombre, à des gens inconnus qui sont en attente de vie meilleure, de vérité plus ferme, bref, de bonheur. Le prêtre est invité à sortir « de sa paroisse » pour rencontrer toute personne en quête de sens. C’est dans cette option qu’il y a (qu’il y a eu) des prêtres enseignants, des prêtres médecins, des prêtres ouvriers, des prêtres artistes peintres, écrivains, etc. Des prêtres aux travail en tant que salariés.

Des prêtres apôtres, missionnaires, envoyés dans le monde pour susciter des communautés de disciples du Christ. Des prêtres pour engendrer, éclairer des conversions, sans prosélytisme. Nous parlons encore et souvent du livre France pays de Mission d’Henri Godin et Yvan Daniel. En voici une présentation : Le 12 septembre 1943, une « bombe » éclatait dans l'Église de France sous la forme d'un livre intitulé La France pays de mission ? Ses auteurs, Henri Godin et Yvan Daniel, étaient tous deux aumôniers de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). L'ouvrage marquera deux générations de prêtres et de laïcs chrétiens engagés et connaîtra plusieurs éditions, dont celle de 1962, en format poche, en plein Concile Vatican II. L'ensemble totalisera 140 000 exemplaires. Le livre est publié à la demande du cardinal Suhard, l'archevêque de Paris de l'époque. Il met l'accent sur le caractère inadapté du système paroissial pour de nouveaux types de chrétiens et préconise une pratique vécue sous d'autres formes communautaires. Un siècle plus tôt, le même diagnostic était apparu dans trois documents remis à Mgr Sibour, l'archevêque de Paris, en 1849, au temps de la brève et deuxième République. Les auteurs y pointaient déjà la crise du système paroissial et présentaient des éléments de réforme. Découverts par Yvan Daniel, ces trois documents ont été publiés en 1978 aux éditions Cana sous le titre La religion est perdue à Paris... : Lettres d'un vicaire parisien à son archevêque en date de 1849, suivies d'un Mémoire adressé au même. En ce début du XXIe siècle, ces textes gardent toujours leur actualité de par les observations critiques et les questions de fond qu'ils posaient au christianisme dans des sociétés alors en voie de modernisation. Même s'ils restent encore enfermés dans un catholicisme traditionnel d'avant le Concile Vatican II, ils témoignent d'une vive aspiration à une pratique de la foi libérée des formules héritées des siècles passés. L'avant-propos de Robert Dumont, la préface de Jean-Pierre Guérend et la postface d'Émile Poulat viennent rappeler la force de ces textes. Ceux-ci sont publiés aujourd'hui non pour contribuer à une archéologie du savoir, mais pour nous éclairer par contraste sur les responsabilités présentes des chrétiens du XXIe siècle, confrontés à de nouveaux défis tout aussi redoutables. » Voir ici.

Alors, je regrette profondément que Christine Pedotti, dans sa réflexion et son pamphlet ne sorte pas de l’image d’un prêtre n’existant que dans sa fonction de curé, celui-ci étant le prêtre canoniquement chargé du service spirituel et de l'administration d'une paroisse, sous l'autorité de l’évêque. Lison page 131 : « Les prêtres ne cessent de répéter que leur engagement n’est pas de l’ordre du travail, mais du service. Prenons-les au mot. Choisissons les prêtres parmi les personnes qui ont un travail et qui sont disposés à rendre ce service. Quel service ? Celui de la communauté croyante qui se rassemble, qui prie et célèbre dans les moments de joie ou dans la peine. Cette communauté, il faut quelqu’un pour la rassembler et la présider ; pour ouvrir les bras et dire soyez les bienvenus, soyez accueillis au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. C’est tout simple et indispensable. »

Eh bien, non ! Christine Pedotti, je ne réduis pas le prêtre à cette seule mission. Autre Christ, le prêtre sort de son bâtiment église pour aller à la rencontre des gens, les aimer et agir pour qu’ils grandissent en humanité, première porte de l’annonce de la volonté de Dieu de faire de tous, de toutes, des frères, des sœurs. Jésus, le Christ, ne s’est pas dérobé devant le supplice de la croix afin de nous ouvrir la porte de la résurrection.

En ces jours, j’approfondis cette médiation dans mon étude d’Évangile selon Marc. Voir ici.

et ici.

 

 

 

 

 

 

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