L’abandon d’une pratique religieuse dite erronée engendre la souffrance sauf s’il est vécu dans le climat d’un vœu de pauvreté sainement assumé

Publié le par Michel Durand

À Fribourg, une initiative novatrice pour le chant grégorien dominicain

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Compiègne, église Notre-Dame de la Source, Prêtres et moines ont monté un groupe musique Pop Louange

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L’inconfort de la pauvreté

 

De cet article de la Croix (25 juin 2021), je retiens ce passage : « Dans sa règle, saint François d’Assise, pour évoquer le vœu de pauvreté, recommande de vivre « sans rien en propre ». « Dans un autre passage, il dit ”qu’aucun frère n’exercera de domination sur un autre frère”. C’est le même esprit : les frères comme les bâtiments ou les voitures nous sont donnés. À nous de les recevoir avec gratitude et de ne pas nous les approprier », explique le frère Frédéric-Marie Le Méhauté. Cette « désappropriation » peut aller jusqu’à renoncer à sa volonté. « De la même manière que je ne mets pas la main sur les biens, sur autrui, je ne mets pas la main, par ma volonté, sur mes projets et sur ma vie », ajoute cet enseignant en théologie au Centre Sèvres, faculté jésuite à Paris. C’est une forme d’abandon à Dieu, une manière de reconnaître que tout vient de lui. »

Antoine Chevrier parle du renoncement à son esprit. « Pour renoncer à soi-même, il faut renoncer à son esprit » (Véritable Disciple p. 205).

Voilà la plus grande et la plus vraie des réalités à mettre en œuvre à chaque instant quand nous considérons parmi les trois vœux des consacrés dans la suite de Jésus-Christ : pauvreté, chasteté, obéissance, le vœu de pauvreté. Il est plus facile de se contenter du strict nécessaire pour vivre que de ne pas imposer sa volonté à autrui. Et je prends conscience en lisant le réflexion de Florence Chatel, journaliste à La Croix, que le temps de la retraite canonique est pour tout humain le rendez-vous avec de nombreux abandons. Les projets pastoraux qui furent portés avec succès ne sont plus considérés comme valables par les jeunes générations. J’ai même entendu un cadre de l’Église dire que pour mettre sa propre vision pastorale en place, il n’était pas obligé de prolonger ce qui se faisait avant lui.

J’accepte et reconnais l’importance des renouvellements et des nouvelles créations. J’ai même engagé des actions complètement originales. Par exemple les biennales d’art sacré actuel. N’empêche que je me découvre interrogé (interrogeant) à deux niveaux ; le premier : la non-reconnaissance de ce que firent les anciens ; deuxièmement : la difficulté d’abandonner ses propres projets. Il devrait y avoir une façon de vivre l’abandon des manières de faire, d’agir qui ne soit pas une démission. J’imagine donc que là réside l’acte de pauvreté le plus radicale. Mais n’est-ce pas tout banalement ce que chaque humain vit à l’approche de la fin de vie ? S’abandonner à Dieu en reconnaissant que, depuis la Création, tout vient de lui.

Un billet de Robert Divoux a également alimenté ma façon de penser.

Quand je me suis senti concerné de très près par la vie de l’Église -c’était en classe de seconde ou de première - je voyais une Communauté chrétienne proche des gens, assidue à la lecture de l’Évangile et œuvrant à la conversion de tous dans le sens de l’Amour divin. Fraternité ! Il n’était pas question de parler latin, de vivre à part coupé du reste du monde. Les pays pauvres du tiers-monde étaient assurés de connaître la justice, le respect en sortant de la misère et de toute forme de colonisation.

Aujourd’hui j’observe que des jeunes ne voient leur vie en Christ que dans l’expression liturgique latine. Une Église coupée du monde car plongée dans le sacré. Beauté de la musique grégorienne. Certes je partage leur regard critiquant la pauvre qualité musicale et littéraire de certains chants de louanges. De la Pop musique répétitive qui explose bruyamment - on s’éclate- sans élévation mystique profonde. Et l’on va exhiber des vêtements qui sont censés en imposer par leur autorité sacrale ! À tort, évidemment, j’imaginais jadis que les coiffes à cornes des évêques allaient bientôt disparaître.

Reconnaître qu’il n’est pas possible de faire autrement que d’abandonner sa propre vision d’Église est une lourde pauvreté, difficile à vivre, car c’est devenu un renoncement radical à son propre esprit.

L’Église est divisée. Des jeunes veulent de l’autorité et le montrent. Sont-ils majoritaires ? D’autres se maintiennent en retrait et il semblerait qu’ils soient davantage compris par les anciens, mais ceux-ci se retirent bien souvent sur la pointe des pieds, fatigué d’observer un recul face à Vatican II. Je vois également en cela une grande et douloureuse pauvreté.

Voici le courriel de Robert qui engendra ma réflexion. Il sera fructueux de lui joindre les considérations d’Émile Granger sur la musique liturgique que Robert a réveillé de l’oublie. Voir ici.

Je précise encore que la « population » dont Robert parle n’est pas celle que j’évoque en parlant de messes en latin et chant grégorien qu’affectionnent de nombreux jeunes.

J’imagine enfin que ce regard ne peut qu’occasionner la souffrance d’un abandon sauf s’il est vécu dans le climat d’un vœu de pauvreté sainement assumé. Ne pas s’imposer à autrui tout en souhaitant obéir à Dieu, mettant (essayant de mettre) son Évangile en pratique.

Robert : « Comme un certain nombre de prêtres âgés (Robert a 91 ans), j’ai appris – et je constate – qu’en 60 ans la présence à la messe du dimanche est passée de 30 à 2 %. Or il se trouve que je rencontre un certain nombre de ces chrétiens qui "se détachent" de l’Église "concrète", tout en gardant leur foi en Jésus-Christ, leur attachement à son message.

En dialoguant avec eux des explications reviennent souvent. En résumé :

- « Ce qui est dit à la messe le dimanche (prières, chants, homélie…) ne présente pas de liens avec le vrai de nos vies, ne nous rejoint pas ; cela ne nous aide pas à "rencontrer" Jésus-Christ, à penser l’ensemble de notre semaine, à réfléchir nos choix de vie. » Et il en va de même dans certaines rencontres avec des prêtres ou des évêques (quand elles existent…)

- « et le style lui-même utilisé dans le culte (le cadre de la célébration, les costumes, la musique…) n’est pas parlant, et il n’offre pas une ambiance chaleureuse. On s’ennuie, et parfois même on trouve ce style ridicule. »

Or je viens de découvrir le message que le pape François a publié, le 17 juin 2021 à l’occasion de la 109e Conférence internationale du travail (il y cite d’ailleurs de nombreuses fois Fratelli tutti.). Et je constate l’attention que François porte au concret de la vie des chrétiens.

Je pense donc retrouver là la dimension "royale" (le service) de toute vie chrétienne comme on me l’a appris au séminaire il y a plus de 60 ans. Or depuis des années je n’ai pas entendu de réflexion sur ce sujet dans nos églises ni lu quelque chose dans les textes diocésains ou paroissiaux courants (mais j’ai conscience que mon expérience est évidemment limitée).

Cette constatation – j’insiste : appuyée sur des faits – ne pose-t-elle pas question aux prêtres, aux évêques et associés dans l’Église (à notre façon de vivre, à nos diverses façons de communiquer, aux formations que nous donnons et/ou que nous recevons - séminaire, conférences, formation continue…) ?

La pièce jointe, (voir ci-dessous le fichier joint) ce discours du pape François à l’Office International du Travail (donc dans un cadre non religieux) montre toute l’attention que ce dernier porte au bien-être et au développement humain intégral, en lien avec la recherche du bien commun pour TOUTE l’humanité.

Il lance ainsi à tous un appel très concret à l’engagement humain, à la hauteur des capacités de chacune et chacun. Cet appel sera-t-il relié ?

Et, en lien avec toutes les personnes de bonne volonté, les chrétiens sauront-ils l’entendre et le vivre ?