Copenhague

Publié le par Michel Durand

Philippe Barbarin dialogue avec Jean-Louis Borloo. La lecture de cet entretien, tel que nous le propose Famille Chrétienne, montre deux hommes comblés d’optimisme. Le monde, l’homme va et ira toujours de l’avant. « L’écologie n’est pas synonyme de régression ».

N’étant pas sur le terrain, par exemple au Congo, je ne suis pas en état d’apporter des témoignages susceptibles de mettre en doute les analyses sous-jacentes à ce dialogue. Pourtant, l’optimisme ambiant de ces propos me laisse inquiet. Je suis étonné d’entendre Mr Borloo dire que, au Congo, « la déforestation est d’abord l’œuvre des mamans poussées par la nécessité de se chauffer et de nourrir leur famille ». N’y a pas eu des « prédateurs » qui, depuis des siècles, ont exploité le bois de ces terres africaines au bénéfice de l’Europe ? N’y en a-t-il pas toujours ? Dans les années 60, j’ai visité de nombreux ports sur l’océan où sans cesse des camions déchargeaient d’énormes troncs d’arbre. Cela aurait-il cessé ? Que peuvent les très nombreuses petites mamans à côté des puissantes sociétés d’exploitations forestières de bois tropicaux ? Rien ne me prouve que l’homme « comprend qu’il ne peut pas être un prédateur, avide seulement de profiter au maximum de tout ce qui lui est confié », comme l’affirme Philippe Barbarin.

Dans cet entretien, je ne vois aucun engagement prenant ses racines à la source du problème qui montrerait que nous avons tourné la page de la démesure. Jean-Louis Borloo reconnaît que « nous avons vécu dans la démesure et dans l’indifférence avec une vision assez utilitariste des choses ». mais, où avons-nous la preuve que les moyens sont pris qui nous permettent de dire que « nous sommes en train de sortir d’un mode de développement qui n’a plus d’avenir ». Pour que nous retrouvions « le sens de la mesure », il y a un changement copernicien à opérer que je ne vois pas dans son discours.

Sans parler de catastrophisme, de « syndrome du Titanic » n’y a t-il pas quand même, chez nous, en Occident, à promouvoir un changement radical de nos modes de vie pour prendre le bon chemin d’une entente universellement juste, solidaire et fraternelle ? Je suis d’accord avec Philippe Barbarin pour affirmer que l’attitude chrétienne est celle de l’espérance et que « l’homme est taillé pour la course ». Mais, s’il demeure sur un mauvais chemin, celui de la production dans un climat d’économisme libéral, rien ne pourra advenir. « Créé à l’image de Dieu », « il trouvera toujours en lui des ressources infinies » mais ne sera pas capable de les utiliser à bon escient s’il ne remet pas dans sa vie l’absolu du message des béatitudes apportés par le Christ. « Bienheureux les pauvres » car ils prouvent, par la simplicité de leur vie que Dieu et Dieu et non l’argent. L’occident chrétien se comporte en idolâtre devant l’argent quand il ne remet pas fondamentalement en cause les rouages de l’économie.

Croire en l’Homme est un acte de foi qui ne fait qu’un avec croire au Ressuscité. La foi peut être celle d’Abraham vue par Kirkegaard au plus sombre du tunnel. Elle est marquée par la connaissance de la fin de l’Empire romain, la fin des Indiens d’Amérique, la traite des noirs tolérée par l’Eglise parce considérés comme plus proche des animaux que des hommes.

Quand on regarde l’humanité en se plaçant au côté des plus exploités, il est dur d’être optimiste. Je pense aux mineurs boliviens.

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A la question de Famille Chrétienne : « Vous estimez le coût du plan Justice Climat à 410 milliards de dollars. Ne sommes nous pas précisément dans la démesure ? « Jean-Louis Borloo répond  : « Non. Je pense qu’il s’agit d’un investissement. Une vingtaine de milliards de dollars par an pour faire accéder un continent à cinq fois plus de capacité énergétique, c’est l’investissement le plus rentable de l’histoire de l’humanité ! C’est tellement simple à comprendre. Pour le financer, nous prévoyons une taxation de 0,001 % sur les transactions immobilières. Personne ne sentira rien ! »

A mon avis, s’il en est ainsi, si l’on ne sent rien, c’est que le remède est insuffisant. Et, en ce domaine, je ne comprends vraiment pas Philippe Barbarin qui semble dire, Jean-Louis Borloo, Benoiî XVI, même combat. « Il tient le même discours que Benoît XVI dans Caritas in Veritate. Le pape explique que si une entreprise veut être vraiment performante, elle doit savoir donner une place à la gratuité. Les gens disent que ce n’est pas possible. Mais à Lyon, tout le monde connaît Alain Mérieux. Et dans sa société, la gratuité n’est pas un vain mot : on distribue gratuitement des vaccins au Mali ou à Madagascar. Ce n’est pas une illusion, c’est un fait. Or cette société est performante. Elle n’a rien perdu en entrant dans cette logique de la gratuité. L’entreprise fait du bien et les salariés en sont fiers ».

Désolé de semer le doute. Mais, je persiste en affirmant qu’il faut une analyse plus serrée.

Nous avons l’habitude d’entendre dire dans les milieux libéraux que l’homme est très astucieux et qu’il a toujours inventé les moyens de se sortir d’une mauvaise situation. Effectivement, l’histoire du libéralisme le prouve. Ainsi, selon Philippe Barbarin : « A chaque étape de l’histoire, l’homme sait prendre les virages qui s’imposent ». Doit-on pour autant, aujourd’hui, fermer les yeux devant ce que des scientifiques disent à propos de l’épuisement des ressources naturelles ? Oser ce verdict me semble peu raisonnable : « Il y a peu de temps, nous avons eu les discours sur le pic du pétrole, présenté comme un drame terrible : quand il n’y aura plus de pétrole, disait-on, ce sera la fin des usines. Mais en fait, c’est faux ». Parler ainsi, c’est montrer que l’on ne voit pas le problème dans son ensemble, que l’on n’est pas à l’écoute des toutes les études ? Voir l’homme dans l’optique d’un progrès infini et indéfini place en dehors du message de l’Evangile car jusqu’à ce jour nous n’avons pas constaté que l’homme était capable de partager ses acquis. Du reste, plutôt que de parler de partage parlons d’échange et nous aurons une autre économie qui donnera le témoignage d’une existence humaine non « enfoncée dans les coussins et anesthésiée par le confort ».

Publié dans Politique

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