6 - La Chair espace de révélation - 2

Publié le par Michel Durand

présenté par Robert Beauvery

L'homme dans l'art actuel, lieu de la révélation, colloque octobre 2003


2 - ne pas en rester à la « chose », objet, matière, idôle

Je fais un pas de plus, l'auteur biblique a eu ce récit mythique au Vle siècle avant Jésus-Christ, a eu l'audace sémantique, linguistique inimaginable quand il a écrit le mot tseulem ; en hébreux tseulem signifie statue, le mot tseulem strictement réservé aux idoles. Lui a eu l'audace d'appeler l'homme tseulem : image, image vivante de Dieu, ce par qui Dieu se montre à voir, à toucher, à entendre, à comprendre. Non seulement Dieu lui a donné cette dignité ontologique à cette image, mais en plus selon ces récits (il y en 11 qui traitent du même sujet), cette image est destinée à devenir semblable à son origine. Selon Saint Augustin. il y a en l'homme l'image de Dieu, il y a toujours ressemblance ; il n'y a pas toujours égalité. Bien plus, ceux qui gardent en mémoire le premier chapitre de la Genèse savent que l'auteur a conçu le cosmos comme un grand temple : la coupole est exprimée en ciel de temple, les luminaires sont dits avec des mots liturgiques ; il a conçu la création, ce temple avec au centre le tseulem, non pas une idole à Mardouk ; mais au centre du temple cosmique il y a 1'homme et la femme : l'image de Dieu. Par 1 'homme et la femme Dieu se rend visible. Dieu se rend présent, Dieu se rend touchable. On peut toucher Dieu quand on touche l'homme. Quand l'homme est méprisé, quand l'homme n'est plus rien, quand l'homme est un macchabée, quand ses ossements sont desséchés sur le champ de bataille et qu'un quidam vient les récupérer pour en faire de la chaux à ciment, le Prophète Amos qui est un râleur sort de ses gonds : comment oser toucher à des ossements humains, l'image de Dieu ?

Je fais un pas de plus, quelqu'un l'a évoqué tout à l'heure : l'homme avec sa part de terrosité rend présent Dieu au cosmos, il en est l'image ; mais il porte en lui un projet inachevé. L'homme atteint cette signification du chemin divin ; alors on peut dire que celui qui le voit, voit le Père.

Je ne suis pas dans une Eglise, je suis dans le Cosmos : qui me voit, voit le Père. C'est par sa Chair que l'homme est l'image de Dieu.

Des spiritualistes qui ont une hélice au derrière et qui se collent au plafond affirment que l'homme est l'image de Dieu par sa raison, son intelligence. C'est par sa plasticité qu'il est 1'ïmage de Dieu.

Quelles que puissent être les misères de l'homme, quelles que puissent être les difficultés de la société dans laquelle il vit, quelles que puissent être les forces de destruction, rien absolument rien ne peut éradiquer de lui qu'il est l'image de Dieu. Le déluge universel qui vient après le drame n'a pu éradiquer de l'homme cette image antique qu'il porte en lui : l'image de Dieu.

Caïn qui tua Abel, n'a pas tué en lui cette image. (cf. chapitre IX de la Genèse).

Dans ce parcours de l'homme image de Dieu, souffle qui l'anime et terre qui le compose, cet homme par l'accès à la foi chrétienne, au baptême, à la confirmation, à l'eucharistie va devenir une seule chair avec le Fils de l'Homme : l'homme parfait : qui me reçoit fait avec moi une seule chair. Comme le dit le credo de Nicée, en attendant que dans le Christ parfait. toute l'humanité dans sa chair ressuscite glorieuse. L'Apocalypse nous dit des choses qui sont intéressantes à souligner, le langage est mythique. La chair de corruptible deviendra incorruptible, de méprisable elle deviendra éclatante de gloire, de faible pleine de force, de mortelle immortelle.

Je ne demande pas à l'artiste qui n'a pas la foi de me dire ces choses, je lui demande simplement de me dire des choses vraies sur l'homme en situation aujourd'hui. A moi de lire ensuite l'œuvre, je me réserve la liberté entière de lire son œuvre.

En concluant, je ne crois pas que le fait que l'artiste soit chrétien l'aide à être un véritable artiste. Cela peut l'aider à faire de l'iconographie chrétienne. Mais je crois plutôt à la vigueur intérieure, à la force pour exprimer la conjoncture actuelle, ses espoirs déçus, ce besoin d'immortalité qui peut continuer.

Je vous livre quelques phrases : de Blaise Pascal : « L'homme dépasse infiniment l'homme ».

« L 'honneur rendu à 1 'homme remonte à son auteur. » Saint Basile.

Bostpflug, le dominicain: « Il faut éviter de sacraliser tout art, sous prétexte qu'il est contemporain»

Et de conclure par ces tout derniers mots : « Mon Père, la bénédiction, ça tient sur le plastique ? »


Publié dans Art

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