Appel à philosophe

Publié le par Michel Durand

Dans mes méditations sur un nouveau système de gouvernance de la société contemporaine, où le pouvoir ne serait plus laissé à la seule économie de marché, le capitalisme libéral, je pense à l’importance d’une théologie pour aujourd’hui.

 

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L'École d'Athènes, Raphaël, 1509-1512

 

Un petit nombre de chrétiens (voir le groupe « chrétiens et pic de pétrole) dans le cadre de l’objection de croissance est sensible à l’enseignement de l’Évangile. Pour lutter contre la démesure qu’engendre l’économie consumériste, ces personnes sont convaincues que l’Église devrait être crédible, écoutée quand elle parle de sagesse, de modération, de pauvreté volontaire face aux biens produits.

Comment, en Église, devenir crédible ? Si ce n’est en perfectionnant la réflexion théologique afin que cette question soit officiellement et largement assumée par les personnes influentes au sein de l’Église et de la Société.

Seule une solide étude pluridisciplinaire permettra à l’ensemble des communautés chrétiennes du monde entier de prendre en considération les indispensables et radicaux changements de mode de vie. Il ne suffit pas d’un texte qui descendrait du haut de la hiérarchie, bien que celui-ci puisse avoir toute son utilité, mais d’une prise de conscience à la base pour que le changement soit effectivement profond et réel. Il faudrait des évènements du genre STO (1939-40), service de travail obligatoire, confrontations dans les tranchées (14-18), travail en usine (1950) pour que des chrétiens rencontrent d’autres sensibilités, militances et spiritualités et se mettent en mouvement pour un monde nouveau. Une théologie de ces nécessaires nouveaux modes de vie au service de la pratique quotidienne peut y aider. Les historiens rappellent que les importants changements de société, transformation du monde de fond en comble, de bas en haut, arrivent plus par les découvertes des citoyens que par des promulgations idéologiques.

Mais, quand j’en appelle à théologiens, je n’envisage que la société des chrétiens. Il faut donc aussi en appeler à philosophe pour s’adresser à tout le monde.

Nous savons que la « modernité » écarte toute réflexion de type métaphysique. Or, un ordre naturel imposant des normes est devenu impensable. Alors, avec quelle autorité affirmer que l’homme, pour son propre bonheur et le bien de tous, doit se limiter dans ses consommations. Comment empêcher que l’on produise des biens uniquement pour un enrichissement monétaire sans envisager un partage réaliste des biens pour que disparaisse la faim. Seule une instance morale mondiale pourrait jouer ce rôle dans le cadre du respect de la convention universelle des droits de l’homme. Comment obtenir cette gouvernance bienveillante pour les plus démunis, c’est-à-dire sachant protéger les pauvres contre les malversations des riches ?

C’est ici, me semble-t-il, que la réflexion philosophique devrait intervenir. Une image de l’homme se dégagerait avec une telle force que tous auraient consciences du bien-fondé de ces affirmations et les appliqueraient parce que cela semblerait tout naturel.

Je suis, certes, dans le domaine de l’ontologie (qui n’a pas bonne presse), de la morale fondamentale qui serait immédiatement acceptée, parce que considérée comme « naturelle ». Combat du « je » individuel contre « l’Idée de Nature » qui l’emporterait. Mais, en fait, c’est bien cette conception transcendante qui ne passe plus dans les mentalités actuelles.

Quel philosophe influant aujourd’hui pourrait élaborer un système de pensée, une philosophie qui s’imposerait d’elle-même à tous comme coulant de source ? L’homme, croyant ou non en un être transcendant (Dieu), ne vit pas seulement de pain, mais aussi d’amour universel.

En fait, ce que je souhaite avec cette réflexion philosophique, c’est tout simplement la reconnaissance d’une puissance universelle reconnue comme telle.

La philosophie ne peut-elle pas inviter à un acte de foi envers ce qui fonde le mystère de l’homme ? Une conscience supra citoyenne.

Pourquoi serait-ce impossible ?

Il y a bien la croyance en un système économique qui fait plier toutes les volontés. Croyance en un dieu argent dont les banques sont le temple.

 

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« À notre époque, nous ne pouvons pas ne pas réécrire à nouveaux frais cette déjà longue histoire de la rationalité occidentale : le seuil de la globalisation technique, économique et médiatique que nous venons de passer engage la théologie fondamentale à défendre la différenciation interne de la raison humaine trop souvent engloutie dans  un pur fonctionnement systémique, à réfléchir donc au destin de la vérité dans  un monde de plus en plus pluralisé et à rendre aimable… ce que le vrai implique comme exigences, librement contractées en vue d’une communication telle qu’aucune plus grande ne peut être pensée ».

Christoph Théobald, le christianisme comme style, p. 298.


Publié dans Anthropologie

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