Un mort

Publié le par Michel Durand

J’étais dans le tram, de retour sur Fontaine tout à l’heure, et je rencontrais là un copain du quartier. Nous avons parlé du ravalement de nos immeubles respectifs qui avaient eu lieu l’an dernier, et puis il a évoqué les accidents de la route, le fait que le nombre de personnes tuées sur la route avait de nouveau augmenté depuis peu, en France. Il est vrai que les informations à la radio en ont parlé hier et aujourd’hui… et puis nous nous sommes séparés, lui dans sa tour, moi dans mon bloc, chacun dans ses étages. Je me mets ensuite à l’ordinateur, je travaille, pour avoir quelque chose à vous transmettre d’écrit au sujet de ceci ou de cela... Ma fenêtre est ouverte. Il y a le passage habituel des camions, des voitures, des bus, des motos…

 

– Tout à coup : un camion de Pompier toute sirène hurlante !... Puis un second ; je me dis que, bon, il y a dû avoir un début d’incendie quelque part, peut-être pas loin d’ici ; puis un camion de Police, une voiture de Police, puis deux… trois !... le SAMU également. Je laisse mon écran, coup d’œil sur le balcon : il s’est passé quelque chose, quelque chose de grave, à deux pas d’ici, juste au carrefour de l’Avenue Ambroise Croizat. Je ne vois qu’un ou deux policiers en faction sur la chaussée et un des camions de Pompiers, le reste ne m’est pas rendu visible – un accident sûrement a dû se produire, mais je n’ai rien entendu.

 

Je descends – pourquoi ? Je ne sais pas. Pour savoir peut-être, tout simplement. Il y a du monde sur le carrefour : des personnes autorisées ; autour du carrefour : des badauds. En plein milieu gît une moto, à peine abîmée, tout juste éraflée, avec le phare toutefois pas mal enfoncé. Juste à côté : des cônes de signalisation, une bâche grise. Je comprends. Je comprends aussitôt qu’il y a quelqu’un sous la bâche, et qu’il n’est pas blessé au vu de l’attitude du personnel sur place. Non. Il est mort. Mort sur le coup. Un gros camion bleu est arrêté un peu plus loin sur le bord du trottoir, je m’en approche, et je retrouve le copain, l’ami du tram de tout à l’heure… « […] le fait que le nombre de personnes tuées sur la route avait de nouveau augmenté depuis peu, en France … ». Nous sommes choqués. Lui plus que d’autres : il a tout vu ; du haut de ses étages, il a tout vu. Le carrefour, la moto face au camion, tous deux passant au vert, tous deux roulant à assez faible allure… le motard pense avoir le temps de passer devant le poids lourd, il accélère, c’est juste, très juste pour lui, il dérape, glisse au sol, la moto rebondit contre les roues arrières du camion-benne, mais pas le pilote. Il passe sous les roues. Il y a un peu de chair projetée sur les pare-boue. Les barres latérales antiencastrement n’ont même servi à rien. C’est fini. Un accident mortel à vingt ou trente kilomètres heures. Le conducteur du camion est là, choqué, il n’a rien pu faire, n’a rien pu éviter ; le motard lui a grillé la priorité, il n’a rien pu faire, non. Il est choqué, muet. On croit que c’est un témoin – c’est finalement un témoin, oui. Un homme de la Police le réconforte, une main dans le dos, mon copain du tram également : ils se connaissent. Peu à peu le monde repart, tout d’abord le SAMU… toubib… infirmier – on le comprend, puis les pompiers un peu plus tard. Toujours cette bâche, un petit filet de sang clair comme du jus de groseilles a glissé sur le goudron. J’ai vu cela. On a mis de « l’absorbant » dessus. Des marques de peinture sont inscrites sur le sol. Des mesures sont prises, ainsi que des photos, par la Police. Les témoins directs sont entendus… des fiches sont remplies, on garde les coordonnées. De la tristesse. Nous sommes touchés, profondément touchés. C’est moche… Prévenir la famille, comme ça, en plein juillet. Dieu que la vie est fragile !

 

Jean-Marie Delthil. 10 juillet, il est presque14 heures.

Publié dans J. M. Delthil

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