Les actions de désobéissance civile sont toujours critiquées avant que leurs auteurs ne deviennent des héros. Les États sont hors les lois

Publié le par Michel Durand

cercle de silence à Lyon en soutien aux migrants

cercle de silence à Lyon en soutien aux migrants

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En 2002/2003, alors que j’habitais récemment dans les bâtiments de l’église Saint-Polycarpe, j’ai rencontré dans ce même quartier une jeune femme et son enfant de quelques mois que j’avais connu à Villeurbanne à l’église de la Sainte-Famille. Elle m’expliqua qu’elle n’avait pas d’hébergement, pas de travail et que des services sociaux lui conseillaient d’abandonner son bébé pour qu’elle puisse travailler. Elle se trouvait dans la pire situation que connaissent de nombreux clandestins.

Je ne me sentais pas de la laisser à la rue. Que faire ? Je consulte (rapidement) quelques paroissiens et l’invite à venir dormir dans une des nombreuses salles de la maison paroissiale. Or à cette époque, la loi interdisait de loger des étrangers sans papiers. Il y avait (je ne me rappelle plus des chiffres) X euros d’amendes et plusieurs années de prisons. Bref, je connaissais les risques. Je savais que j’enfreignais la loi et j’en informais diverses associations d’aide aux migrants. La presse fut également informée. Nous étions plusieurs à accueillir des clandestins.

Cette prise de position ne plût pas à l’évêque qui m’envoya un de ses collaborateurs avec mission de me remettre sur le droit chemin de l’obéissance à l´État. Je ne pouvais pas être hors la loi. Ce même évêque, quelques années plus tard, déclara à des journalistes venus l’interviewer sur ce sujet que j’étais vraiment dans mon droit en agissant selon ma conscience.

Ce rappel historique fait, je dois dire maintenant pourquoi cette tranche de vie  me revient en mémoire. Il est effectivement question de désobéissance civile et, dans le quotidien La Croix, je viens de lire un article sur la désobéissance civile. Je donne à lire cet article ci-dessous. Pour l’introduire, j’indique quelques pages de mon blogue où il est question, selon moi, de l’importance de la désobéissance civile.

- Des associations ou des particuliers qui agissent dans l'ombre, il y en a plus qu'on ne croit.

- Désobéissance civile

- Quand des décideurs traitent des hommes comme des animaux en les laissant dormir dehors, on ne peut qu’entrer en désobéissance

- Désobéir par obéissance à Dieu

 

 

Et voici l’article que je donne à lire parce qu’il me semble bien concerner l’urgence, l’actualité de cette désobéissance civile inévitable.

La Croix / Monde

 

 

portrait

Jésuite allemand et militant pour le climat

Delphine Nerbollier

 

Jörg Alt Jésuite. Outre-Rhin, les activistes climatiques multiplient les actions spectaculaires et polémiques pour alerter sur l’urgence climatique. À leurs côtés, le jésuite de 61 ans constate les limites de l’engagement classique.

Berlin (Allemagne) De notre correspondante

Jörg Alt a encore des cloques sur la paume. Il y a un mois, le 28 octobre, ce jésuite de 61 ans s’est collé la main au macadam, devant le ministère bavarois de la justice, à Munich. Accompagné des activistes du mouvement Scientist Rebellion (« Scientifiques en rébellion »), il a bloqué la circulation dans le centre de cette grande ville du sud de l’Allemagne pour alerter sur l’urgence climatique, au grand dam des automobilistes.

Basé à Nuremberg, ce religieux travaille depuis trente-cinq ans sur les thèmes de la migration et du climat, mais constate les limites de l’engagement classique. « Le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dit qu’il ne nous reste que trois ans pour que les émissions de CO2 commencent définitivement à baisser si on veut limiter la hausse des températures à 1,5 °C. Cela fait réfléchir. En trente-cinq ans, j’ai fait des discours, écrit des livres, j’ai débattu, participé à des campagnes, signé de pétitions. Cela n’a aidé en rien ! Nous devons donc nous mettre en travers de la route, de manière incontournable, pour alerter l’opinion publique », lance-t-il avec passion.

Bloquer la circulation durant plusieurs heures comme l’a fait Jörg Alt à deux reprises, ou jeter de la purée sur des tableaux, les actions coups-de-poing se multiplient ces dernières semaines, non sans polémiques. À Berlin, les activistes du groupe Letzte Generation (« Dernière rénovation », en français) ont vu se déchaîner les passions lors de la mort d’une cycliste, percutée par un camion. Coincée dans les embouteillages causés par une action de blocage d’autoroute, l’ambulance avait perdu de précieuses minutes. Depuis, certains médias liés au groupe Springer et certains hommes politiques de droite qualifient ces militants climatiques d’extrémistes, voire de terroristes. C’est le cas du député Alexander Dobrindt, du parti chrétien-social bavarois, qui les qualifie de « RAF verte », en référence au mouvement terroriste Fraction armée rouge.

« Nous ne sommes pas surpris par ces attaques, reconnaît Jörg Alt. Les actions de désobéissance civile sont toujours critiquées avant que leurs auteurs ne deviennent des héros. » « Mais dans cette affaire, il faut se demander qui enfreint les lois. Ce sont les États qui n’appliquent pas l’Accord de Paris », estime ce religieux. Lui-même est poursuivi par la justice pour quatre délits, dont blocage de route, mais pas placé en détention préventive, contrairement à une dizaine de militants du groupe Letzte Generation en Bavière.

Sa participation à ce genre d’actions n’est pas du goût de tous parmi les frères jésuites. « Certains me trouvent trop radical, mais mes supérieurs me soutiennent », note-t-il, en regrettant le « manque de radicalité des catholiques, dans les paroisses et parmi les groupes de jeunes ». Il prend à témoin les actualités récentes. « En Inde, des milliers de personnes sont mortes car les températures ont dépassé les 50 °C. Au Pakistan, 30 millions de personnes ont perdu leurs maisons à cause d’inondations. Nous, chrétiens, ne pouvons pas y être indifférents. C’est bien le Nord qui a engendré ces problèmes. Nous avons la responsabilité et le devoir de les résoudre ! »

 

Lire également :

- Extinction rébellion, une action spirituelle ?

 

 

- voir ici : À Paris, cérémonie interreligieuse et action contre le projet de Total en Ouganda. Six personnalités, deux bouddhistes, deux chrétiennes, une juive et une musulmane, ont participé à une cérémonie interconfessionnelle, mardi 29 novembre à Paris, pour protester contre le projet d’oléoduc de Total en Ouganda et en Tanzanie. Un événement qui a été suivi par une action de « désobéissance civile ».